Les forces du vélo face aux mouvements anti-écologie : retour sur un temps fort du Congrès de la FUB 2025

En ouverture de la deuxième journée de son Congrès 2025, la FUB recevait cinq personnalités de premier plan pour échanger autour de la défense du vélo dans un contexte de montée en puissance de forces réactionnaires qui instrumentalisent et amplifient les mécontentements vis-à-vis de mesures écologiques dans le but d’obtenir un détricotage des politiques publiques environnementales. La remise en question du Plan Vélo 2023-2027 ou encore les réactions violentes contre la réduction de la place de la voiture en ville à la suite du meurtre de Paul Varry en sont deux exemples marquants de ces derniers mois. À l’approche des élections municipales, qui s’annoncent teintées d’une tension croissante au sujet de la transition écologique, les promoteurs du vélo sont amenés à s’interroger : comment continuer de défendre efficacement la « solution vélo » dans ce contexte ?

 

La promotion du vélo, un choix d’affectation de l’espace public source de tensions

La politique menée par la ville de Paris en matière de réduction de la place de la voiture et de promotion des mobilités actives incarne un exemple fort de transition impulsée par les collectivités territoriales ces dernières années, faisant aujourd’hui l’objet de certaines crispations. Dans un message vidéo adressé aux participant-es du Congrès, Anne Hidalgo a revendiqué la création de plus de 1400 km de pistes cyclables depuis 2014 dans la capitale, affirmant : « Vous pouvez compter sur ma détermination pour que Paris reste cette ville pionnière du vélo ». A travers le témoignage de son adjoint David Belliard, la réduction de la place de la voiture en faveur du vélo est apparue comme une orientation politique forte, un choix d’affectation d’une ressource rare et en tension : l’espace public. C’est cette réaffectation des ressources communes, perçue parfois comme injuste, qui constitue le plus souvent le terreau des réactions hostiles aux mesures environnementales.

 

Des « retours de bâton » perceptibles à différentes échelles

Alexis Frémeaux, président de MDB et administrateur de la FUB, interprète les tensions autour du vélo comme la preuve de son impact croissant : « Avant, le vélo faisait sourire, on était assez insignifiants. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas ». Dans sa pratique quotidienne du vélo, la climatologue Valérie Masson-Delmotte associe les réactions des automobilistes à un « sentiment de perte de privilège » dans les rues et sur les routes. Ce rejet est parfois amplifié et instrumentalisé par les décideurs politiques pour mener à des décisions défavorables au développement des mobilités actives. David Belliard a ainsi mis en garde contre le risque de retour en arrière, en citant l’exemple de Berlin : en 2023, la nouvelle majorité conservatrice a décrété un moratoire sur les projets de pistes cyclables dès son arrivée au pouvoir. De la même façon, Valérie Masson-Delmotte a alerté sur la vulnérabilité des avancées sociales et environnementales dans le contexte actuel de retour des forces réactionnaires : « L’histoire du vélo est une histoire d’émancipation, de résilience et de transformation. Mais tout ce qui est construit est fragile et a besoin d’être défendu, renforcé, protégé. C’est la même chose pour la recherche scientifique et pour l’action pour le climat. »

 

Le pouvoir « redistributif » du vélo face aux inquiétudes économiques et au sentiment d’injustice

Chez les personnes qui en subissent les conséquences et les coûts, la résistance aux mesures écologiques est le plus souvent issue d’un sentiment d’injustice ou d’inadéquation avec leurs réalités quotidiennes. Ainsi, Alexis Frémeaux a rappelé que l’argument écologique, seul, était inefficace pour créer des changements de comportements. Pour lui, c’est la « désirabilité » de la pratique du vélo et ses impacts concrets dans la vie de celles et ceux qui souhaitent l’adopter – et qui sont de plus en plus nombreux·ses – qu’il faut mettre en valeur. Les gains potentiels en matière de pouvoir d’achat sont particulièrement importants et ont été objectivés par une étude de l’UFC Que Choisir, présentée par Marie-Amandine Stévenin : jusqu’à 6000 € par an d’économie pour un ménage qui renoncerait complètement à la voiture au profit des modes actifs et des transports en commun. L’association de consommateurs se donne une mission de conseil : « Nous, on n’est jamais dans les injonctions, ce qu’on veut c’est que tout le monde ait les clés de lecture et les informations et puisse faire des choix ». L’intérêt économique du vélo est clair, 75% des personnes interrogées sont prêtes à renoncer à leur voiture…mais concrètement, ce changement d’habitude n’est pas toujours possible. La présidente de l’UFC Que Choisir constate finalement que « les reproches ne sont pas liés au vélo, mais au contexte de pratique du vélo ».

 

La santé : l’autre limite planétaire, l’autre atout du vélo

Déployer un environnement favorable à la pratique des modes actifs, c’est aussi ce qu’identifie Anne Sénéquier, psychiatre et co-directrice de l’Observatoire de la santé mondiale de l’IRIS, comme une priorité. Rappelant que « le vélo n’avait pas pour seul intérêt de réduire les émissions de gaz à effet de serre », la chercheuse et médecin a souligné les bénéfices multiples du vélo dans un contexte de sédentarité et de prévalence plus forte des maladies chroniques et des problèmes de santé mentale. Sur le plan du bien-être psychologique, Anne Sénéquier a rappelé l’importance de l’exploration de l’espace public pour le développement cognitif des enfants, les effets anxiolytiques naturels de l’activité physique quotidienne ou encore les bénéfices de la perception directe de son environnement (les saisons, la nature, les autres personnes présentes dans l’espace public…). Finalement, le développement de la pratique du vélo répond à ce qu’elle désigne comme « la dixième limite planétaire : la limite sanitaire ». Dans un contexte où personne n’échappera dans sa vie – ou dans celle de son entourage – à une pathologie mentale ou physique, l’approche par la santé environnementale apparaît comme un levier particulièrement mobilisateur en faveur du vélo et des modes actifs.

 

Contrer le risque de recul social et environnemental : l’indispensable mobilisation collective

David Belliard et Alexis Frémeaux ont affirmé ensemble l’importance de la mobilisation citoyenne pour défendre ces avancées et « venir challenger les candidats » des prochaines élections municipales. Pour le président de MDB, dans un contexte politique incertain, le rôle des citoyen-nes et des militant-es est de pousser les élu-es à tenter l’expérience du vélo et à formuler des promesses. L’élu parisien a constaté pendant son mandat que la preuve par l’exemple, à travers l’expérimentation sensible et les réalisations concrètes, apparaissaient comme les meilleures stratégies à mener pour convaincre et rassembler. Pour Valérie Masson-Delmotte, la recherche d’alliés ancrés dans les réalités quotidiennes est indispensable pour promouvoir les bénéfices des mesures pro-vélo : c’est le cas en particulier avec les employeurs qui ont un intérêt direct à améliorer la santé physique et le bien-être des salariés. Face aux résistances d’ordre culturel et symbolique, la force du mouvement vélo réside dans son ancrage local, permettant à des personnes légitimes, connaissant leur territoire, de promouvoir des solutions en adéquation avec les besoins des habitantes et des habitants. Car heureusement, les politiques climatiques restent encore largement soutenues par les citoyennes et les citoyens.  

 

Claire-Marine Javary,
responsable plaidoyer

 

 

Retrouvez l’intégralité de ce temps fort en vidéo.

 

 

Pour aller plus loin :

Manon Loisel, Nicolas Rio, Le backlash écologique qui vient : réflexions sur les municipales 2026, La Grande Conversation, mars 2025

Théodore Tallent, Backlash écologique : quel discours pour rassembler autour de la transition ?, Fondation Jean Jaurès, avril 2024

UFC Que Choisir, Marche et vélo, des solutions concrètes pour le pouvoir d’achat, la santé et l’environnement, novembre 2024

 

Crédit photos : ©Bartosch Salmanski