
Les 27 et 28 février derniers, plus de 1 000 personnes étaient rassemblées pour l’édition parisienne du Congrès de la FUB, marquée par la mobilisation contre les violences motorisées lancée à la suite du meurtre de Paul Varry en octobre 2024. Avec un émouvant temps d’hommage aux victimes et une interpellation des pouvoirs publics sur la base de constats et de propositions concrètes à l’occasion du temps fort “Etat et collectivités : quel partage des rôles en matière de politiques cyclables ?”, les associations ont fait la démonstration de leur capacité à mobiliser et à mettre à l’agenda ce sujet essentiel. Alors que la mission menée par Emmanuel Barbe doit rendre ses conclusions le 7 avril, retour sur un moment fort du Congrès de la FUB 2025.
Le meurtre de Paul Varry, un tournant dans la prise de conscience du phénomène des violences motorisées
Anne Monmarché, présidente de Paris en Selle, a rappelé les noms des nombreuses victimes récemment décédées alors qu’elles se déplaçaient à vélo : « Ils et elles sont morts parce que la société a trop longtemps fermé les yeux sur la violence motorisée ». Parce qu’elle a eu lieu dans des circonstances particulièrement choquantes et parce qu’il était militant pour le vélo, la mort de Paul Varry créé un véritable électrochoc : « On s’est dit que cette violence motorisée était, devait devenir inacceptable ». Thibaut Marty, vice-président de Rayons d’action Rennes, après avoir rappelé les chiffres alarmants, a appelé à lutter contre le caractère systémique des violences motorisées et à « passer de la violence à la prudence ». Pour le ministre des Transports, qui a adressé un message vidéo aux participant·es, ce décès a « provoqué une prise de conscience collective sur la question des violences entre usagers de la route ».
Une mobilisation des usagères et usagers du vélo d’une ampleur inédite
Outre une médiatisation très forte, ce drame a déclenché une mobilisation inédite, avec des rassemblements publics dans plus de 300 communes pour dénoncer les violences motorisées et réclamer des actions concrètes. À travers la mobilisation « Stop Violences Motorisées », la FUB a lancé une pétition qui a recueilli plus de 17 000 signatures et permis de récolter plus de 3 000 témoignages de violences motorisées. Céline Scornavacca, co-présidente de la FUB, a révélé à cette occasion les principaux résultats d’une étude menée avec le bureau d’études 6-t pour analyser ces milliers de témoignages. Dans la moitié des cas, les témoignages rapportent des violences physiques : coups, contact avec les véhicules, courses poursuite etc… Autre résultat qui appelle à une véritable prise de conscience, la présence d’enfants ne semble pas représenter un frein à ces violences : 1 témoignage sur 10 parle d’une violence qui a lieu en leur présence. Les témoignages impliquent dans 9 cas sur 10 des agresseurs de sexe masculin. Plus inquiétant encore, ces violences ont souvent lieu sur des aménagements cyclables…
Une note de position de la FUB pour contribuer à la mission Barbe
Une mission de quatre mois a été confiée à Emmanuel Barbe pour formuler les recommandations visant à protéger tous les usagers et usagères de la route contre les violences, en consultant les représentant·es des associations et des collectivités. « Nous nous sommes mis au travail, dans une posture de coopération exigeante », a indiqué Céline Scornavacca. La co-présidente de la FUB a ainsi annoncé la publication d’une note de position1, organisée en 10 finalités et 40 propositions étayées : « Le parti pris de cette note, c’est la vision zéro. Rien n’est inéluctable en matière de mortalité sur la route ». La FUB appelle ainsi à un rééquilibrage de l’espace public, à des évolutions du code de la route et à une réelle prise en compte de la vulnérabilité des usagers et usagères à travers deux grands axes : d’une part, changer les comportements et d’autre part, changer les aménagements. Céline Scornavacca a également fait part d’une ligne rouge pour la FUB : une mission mise en place à la suite du meurtre d’un cycliste sur une piste cyclable doit aboutir à des mesures qui protègent les usagers et usagères vulnérables des violences motorisées et non à des mesures défavorables au développement du vélo.
Quelles réponses des pouvoirs publics ?
L’intérêt d’agir sur ces deux axes est partagé par Grégoire de Lasteyrie, vice-président de la région Ile-de-France, qui a revendiqué un travail de sa collectivité sur le sujet : « La question des aménagements est centrale. Mais la question des comportements, la question sociologique qui se pose derrière, est au moins aussi importante. ». Le vice-président de la Métropole du Grand Paris, Jacques Baudrier, a soutenu la vision de la FUB, soulignant l’importance pour y parvenir de travailler sur « la question de l’arme : un énorme SUV de plus de 2 tonnes ». L’élu parisien a ainsi proposé de laisser la possibilité aux villes d’interdire les véhicules les plus lourds dans les espaces urbains très fréquentés. Enfin, le coordinateur interministériel pour la marche et le vélo, Thierry du Crest, a souligné l’importance de prendre en compte les contributions des usagères et des usagers du vélo dans le cadre des travaux de la mission Barbe.
Jean-Baptiste Gernet,
responsable du pôle expertise
Retrouvez l’intégralité de ce temps fort en vidéo.
Pour aller plus loin :
- Note de position « Propositions de la FUB pour lutter contre les violences motorisées », février 2025
- Mobilisation nationale pour Paul : les cyclistes réclament des actions concrètes contre les violences motorisées, octobre 2025
Crédit photos : ©Bartosch Salmanski

